1. Ce que dit (et ne dit pas) le Code du travail
Le Code du travail ne fixe pas de barème d'indemnités de déplacement. Deux principes s'appliquent toutefois à tous les secteurs :
- les frais professionnels engagés par le salarié pour les besoins de son activité et dans l'intérêt de l'employeur doivent lui être remboursés, selon une jurisprudence constante ;
- le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le lieu d'exécution du contrat n'est pas du temps de travail effectif, mais s'il dépasse le temps normal de trajet domicile-travail, il ouvre droit à une contrepartie en repos ou financière (article L3121-4).
Dans le BTP, ce sont les conventions collectives nationales des ouvriers (bâtiment jusqu'à 10 salariés, bâtiment plus de 10 salariés, travaux publics) qui organisent le régime des petits et des grands déplacements, complétées par des accords régionaux ou départementaux qui fixent les montants.
2. Les petits déplacements : trois indemnités
Le régime des petits déplacements s'applique aux ouvriers non sédentaires qui se rendent chaque jour sur un chantier et peuvent regagner chaque soir leur domicile. Il a pour objet d'indemniser forfaitairement les frais et les sujétions liés à ce déplacement quotidien. Il comprend :
| Indemnité | Objet | Points clés |
|---|---|---|
| Repas | Compenser le supplément de frais d'un repas pris hors de la résidence habituelle | Même montant quelle que soit la zone. Non due, selon les conventions, si l'ouvrier déjeune chez lui ou si le repas est fourni. |
| Frais de transport | Rembourser forfaitairement les frais de transport aller-retour jusqu'au chantier | Varie selon la zone. Non due lorsque l'entreprise assure ou rembourse intégralement le transport. |
| Trajet | Indemniser la sujétion que représente le temps passé pour se rendre sur le chantier et en revenir | Varie selon la zone. Son traitement social obéit à des règles propres : faites-le valider par votre gestionnaire de paie. |
Le système des zones
Les conventions du bâtiment instituent des zones circulaires concentriques, dont les circonférences sont distantes de 10 km, autour d'un point de départ : en général le siège social de l'entreprise, ou l'agence ou le dépôt où l'ouvrier est embauché, selon les règles de la convention.
| Zone | Distance du point de départ au chantier |
|---|---|
| Zone 1 | 0 à 10 km (parfois subdivisée en 1A : 0 à 5 km et 1B : 5 à 10 km dans les barèmes régionaux) |
| Zone 2 | 10 à 20 km |
| Zone 3 | 20 à 30 km |
| Zone 4 | 30 à 40 km |
| Zone 5 | 40 à 50 km |
Les montants par zone ne sont pas nationaux. Ils sont fixés par des accords régionaux ou départementaux, publiés chaque année par les organisations professionnelles (fédérations régionales et départementales du bâtiment et des travaux publics, CAPEB). Pour connaître les montants applicables, consultez le barème de la région où se trouve votre entreprise, ou interrogez votre fédération. Au-delà de 50 km, la convention ou l'accord régional prévoit soit des zones supplémentaires, soit l'application du régime des grands déplacements.
3. Les limites d'exonération Urssaf des petits déplacements
Les indemnités conventionnelles sont dues quel que soit leur traitement social. L'Urssaf fixe, elle, les montants exonérés de cotisations :
- Indemnité de repas : exonérée dans la limite de 10,40 € par repas en 2026 (repas pris hors des locaux de l'entreprise), ou de 21,40 € si le salarié est contraint de prendre son repas au restaurant.
- Indemnité de frais de transport : le Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS) publie un barème de limites d'exonération par tranche de distance, établi à partir du barème kilométrique fiscal. Consultez le barème en vigueur sur boss.gouv.fr ou urssaf.fr.
- Indemnité de trajet : son régime est précisé par le BOSS. En cas de doute, faites valider votre paramétrage par votre expert-comptable.
La fraction d'indemnité qui dépasse les limites est soumise à cotisations et à l'impôt, sauf si l'employeur justifie de dépenses réelles plus élevées.
Exemple 1 — ouvrier en zone 3
Un maçon travaille 20 jours dans le mois sur un chantier situé à 25 km du siège, en zone 3. Il perçoit 20 indemnités de repas, 20 indemnités de transport zone 3 et 20 indemnités de trajet zone 3, aux montants du barème régional. Si l'indemnité de repas conventionnelle est inférieure ou égale à 10,40 €, elle est entièrement exonérée en 2026 ; si elle est supérieure, l'excédent est soumis. Les deux autres indemnités se comparent aux limites du BOSS.
4. Les grands déplacements
Pour les conventions du BTP, est en grand déplacement l'ouvrier qui travaille sur un chantier dont l'éloignement lui interdit, compte tenu des moyens de transport en commun utilisables, de regagner chaque soir son lieu de résidence. Il perçoit alors une indemnité destinée à couvrir ses dépenses supplémentaires de logement et de nourriture, ainsi que, selon la convention, ses voyages périodiques.
La présomption de l'Urssaf
Pour l'exonération, le salarié est présumé empêché de regagner chaque jour sa résidence lorsque deux conditions sont réunies : la distance entre le lieu de résidence et le lieu de déplacement est au moins égale à 50 km (trajet aller), et les transports en commun ne permettent pas de parcourir cette distance en 1 h 30 maximum (trajet aller). À défaut, l'employeur doit démontrer que le salarié était empêché de rentrer.
| Dépense | Montant |
|---|---|
| Par repas | 21,40 € |
| Logement et petit déjeuner, par jour — Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne | 76,60 € |
| Logement et petit déjeuner, par jour — autres départements | 56,80 € |
Pour un déplacement continu sur un même lieu, ces limites sont réduites de 15 % au-delà du troisième mois, puis de 30 % au-delà du vingt-quatrième mois et jusqu'au soixante-douzième mois. Vérifiez sur le BOSS les règles particulières applicables à votre situation.
Exemple 2 — une semaine de grand déplacement à Lyon
Un électricien part du lundi matin au vendredi soir sur un chantier à Lyon, à 300 km de chez lui. Il passe 4 nuits sur place et prend 9 repas (5 déjeuners et 4 dîners). Limites exonérées 2026 :
- Logement et petit déjeuner : 4 × 56,80 = 227,20 € ;
- Repas : 9 × 21,40 = 192,60 € ;
- Total exonérable sans justificatif : 419,80 €.
Si l'indemnité conventionnelle est plus élevée, l'excédent est soumis à cotisations, sauf justification des dépenses réelles.
5. Travaux publics et autres secteurs
La convention collective des ouvriers des travaux publics organise un régime proche, avec ses propres règles de zones et d'indemnités de grand déplacement. Dans les autres secteurs, seules s'appliquent la règle générale de remboursement des frais professionnels et les limites de l'Urssaf.
6. Les points de vigilance
- Mesurer la distance selon la convention : point de départ, mode de mesure, chantier par chantier.
- Ne payer que les jours réellement sur chantier : un jour d'atelier, de formation ou d'absence ne donne pas lieu aux mêmes indemnités.
- Distinguer convention et Urssaf : la convention dit ce qui est dû, l'Urssaf ce qui est exonéré.
- Conserver les justificatifs : plannings, pointages, adresses des chantiers. En cas de contrôle, c'est la preuve du déplacement.
- Suivre les mises à jour : les barèmes régionaux et les limites Urssaf changent en général chaque année.
Les indemnités de repas sur le lieu de travail, hors BTP, sont traitées dans notre guide de la prime de panier.
Questions fréquentes
Les conventions collectives des ouvriers du bâtiment et des travaux publics prévoient trois indemnités pour les ouvriers non sédentaires qui rejoignent chaque jour un chantier : une indemnité de repas, une indemnité de frais de transport et une indemnité de trajet. Les deux dernières varient selon la zone où se situe le chantier.
Les conventions du bâtiment définissent des zones circulaires concentriques de 10 km en 10 km autour du point de départ (siège, agence ou point fixé par la convention), jusqu'à 50 km : zones 1 à 5. Certains barèmes régionaux subdivisent la zone 1. Les montants de chaque zone sont fixés par accords régionaux ou départementaux.
Selon les conventions du BTP, est en grand déplacement l'ouvrier dont l'éloignement du chantier lui interdit de regagner chaque soir son lieu de résidence. Pour l'Urssaf, le salarié est présumé dans cette situation lorsque la distance est d'au moins 50 km et que les transports en commun ne permettent pas de faire le trajet en 1 h 30 maximum.
En 2026, les limites d'exonération sont de 21,40 euros par repas, et de 76,60 euros par jour pour le logement et le petit déjeuner à Paris et dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne (56,80 euros dans les autres départements de métropole), pour les trois premiers mois sur un même lieu.
Dans la limite des barèmes d'exonération et lorsque le salarié se trouve effectivement dans la situation de déplacement, elles sont exonérées de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu. La fraction qui dépasse les limites, sans justificatif de dépenses réelles, est soumise.
Le temps de déplacement professionnel pour se rendre sur le lieu d'exécution du contrat n'est pas du temps de travail effectif. S'il dépasse le temps normal de trajet entre le domicile et le lieu habituel de travail, il donne lieu à une contrepartie, en repos ou financière (article L3121-4 du Code du travail).
Sources
- Urssaf — Frais professionnels : indemnités de repas et de grand déplacement
- BOSS — Frais professionnels (dont petits déplacements BTP)
- BOFiP — BOI-BAREME-000035 (limites d'exonération 2026 des allocations forfaitaires)
- Arrêté du 20 décembre 2002 relatif aux frais professionnels (Légifrance)
- Code du travail — article L3121-4 (temps de déplacement professionnel)
- Conventions collectives du bâtiment et des travaux publics — Légifrance
Mis à jour le 7 octobre 2026.
Ce guide donne une information générale, à jour à la date indiquée. Il ne remplace pas un conseil personnalisé. Votre convention collective, un accord d'entreprise ou le contrat de travail peuvent prévoir des dispositions plus favorables au salarié : vérifiez-les toujours, ou interrogez votre gestionnaire de paie.